PHYSIOLOGIE DE  L’ARTICULATION  

SOUS-TALIENNE




 L’axe de HENKE (1), qui a une orientation oblique d’avant en arrière, de dehors en dedans et de bas en haut, est une ligne fictive autour de laquelle s’effectuent les mouvements d’inversion et d’éversion, grâce à la participation de toutes les articulations de l’arrière-pied et du médio-pied.

 On le fait erronément passer pour être l’axe de la seule articulation sous-talienne.

1) L’inclinaison de l’axe de Henke est d’environ 45° dans le plan sagittale et frontal et d’environ 23° dans le plan horizontal ; c’est autour de lui que s’effectuent les mouvements complexes d’inversion et d’éversion.

Il a pour caractéristique d’être parallèle à la ligne de marche (2), grâce à l’ouverture du pas qui est d’environ de 15°.

 2. L’axe de Henke est parallèle à la ligne de marche

Les articulations qui interviennent dans l’équilibration ont des axes parallèles à l’axe de Henke pour pouvoir  garder une liberté d’action, contrairement aux articulations qui interviennent dans la progression et dont les axes sont perpendiculaires à la ligne de marche.

L’axe de Henke n’est que la résultante globale d’autres axes comme nous le verrons plus loin.

L’axe de Henke a bien sûr une  relation étroite avec l’articulation sous-talienne, constituée  de deux  facettes articulaires (la postérieure, convexe vers le haut et l’antérieure, concave vers le haut) : il passe à l’intersection des deux cônes  dans lesquels sont découpées les deux facettes articulaires sous-taliennes (4).

4. Coïncidence heureuse : l’axe de Henke passe par les sommets des cônes dans lesquels sont découpées les deux articulations sous-taliennes ; il est représenté par les hauteurs des deux cônes.

Il  ne représente cependant pas l’axe de la seule articulation sous-talienne.

Lorsque nous  disséquons des pieds fraîchement amputés, nous nous apercevons qu’à l’endroit d’intersection des deux cônes (où passe donc l’axe de Henke), il existe un ligament très solide qui unit le talus au calcaneus auquel, avec De Doncker, nous avons donné le nom de « ligament axial » de l’articulation talo-calcanéenne postérieure (5).

5. Ce ligament est le point de pivotement autour duquel le talus se meut sur le calcaneus (ou inversément,  le calcaneus autour du talus) : il représente l’axe de l’articulation sous-talienne.

Ce ligament axial est le point de départ des ligaments interosseux qui se tendent dans le valgus et dans le varus de l’arrière-pied, mais dans des directions différentes. Ces ligaments interosseux (6) sont munis de nombreux récepteurs et représentent les yeux du pied. S’ils se rejoignent en un point commun, c’est pour aboutir à une charnière importante représentée par le ligament axial, très court, dont la structure a une importance sans doute plus mécanique que proprioceptive.

6. Les yeux du pied

Sur un pied fraîchement amputé, le seul mouvement possible, des articulations sous-taliennes est une rotation à partir du ligament axial (7), à la manière d’un essuie-glace sur un pare-brise bombé.

7. En vert, le point fixe ligamentaire autour duquel tourne  le talus. En pratique, c’est parfois le calcaneus qui tourne sous le talus ; ce qu’il ne faut pas oublier de prendre en considération. Sur l’image de gauche, le talus a été sectionné pour permettre de visualiser la surface articulaire bombée du calcaneus.

Lorsque le talus tourne  en dedans (ou le calcaneus en dehors), la tête talienne s’écarte de l’apophyse du calcaneus (8) : la divergence talo-calcanéenne est maximale.

8.  Valgus lors d’une divergence augmentée ; varus lorsque cette divergence est réduite au maximum : le talus se superpose alors au  calcaneus. Remarquons l’angle de déclinaison du col talien par rapport au corps : cela permet de rattraper l’ouverture du pas et de présenter, avec une économie d’énergie, la tête  dans la direction du déplacement.

Cela se traduit par un valgus du calcaneus et un abaissement du sustentaculum tali. Cela uniquement par le jeu du « principe des articulations arrondies » (9).

9. Dans une articulation arrondie, lorsqu’un des fragments est mobilisé dans un sens, il refoule l’autre fragment dans l’autre sens.

La valgus s’accompagne par ailleurs d’une rotation interne du membre inférieur et le varus d’une rotation externe (10).

10. Cette expérienced’Inmann, avec deux planches découpées obliquement au niveau de la charnière suivant la même inclinaison que l’axe de Henke, permet de se rendre compte des rotations des membres inférieurs liées au degré d’ouverture de divergence talo-calcanéenne et donc au varus et au valgus.

Lorsqu’on prétend que « le talus roule, tangue et vire », on force l’imagination à l’impossible. Il est préférable de prendre comme repère le calcaneus en contact avec le sol.

C’est l’arrondi de l’extrémité inférieure du talon qui roule et non le talus ; et elle peut rouler dans tous les sens puisqu’elle est une portion de sphère (11).

11. la tubérosité du calcaneus est tant de face que de profil à l’endroit où elle prend contact avec le sol

Mais les ligaments autour de l’articulation sous-talienne ne montrent pas de diastasis comme pour permettre un roulement dans un sens ou dans l’autre ; non plus lorsque la tête talienne descend plus bas médialement et vers le bas.

La tête talienne  est une bille roulant dans tous les sens dans une vaste cupule (la nacelle du talus) représentée par la facette antérieure de l’articulation sous-talienne, le spring ligament, l’os naviculaire et les ligaments qui la limitent de chaque côté.

En cas de déchirure des ligaments interosseux talo-calcanéens, on n’observe pas non plus de diastasis lors du varus forcé lorsque le membre est en légère rotation interne et que le rayon tombe à 45° du côté plantaire, alors que la manœuvre est effectuée sur le pied à angle droit. Tout au plus, la talus déborde latéralement le calcaneus de 5 mms et plus (à comparer avec l’autre pied). Il n’y a ni roulement, ni tangage ni virement dans l’articulation sous-talienne proprement dite mais ces mouvements requièrent  l’action de toutes les articulations de l’arrière-pied.

Quel est donc le rôle de l’articulation talo-calcanéenne ?

La sous-talienne a un rôle essentiellement équilibrateur (12).

12. L’équilibration instantanée est possible grâce à l’articulation sous-talienne

Ce qui est possible grâce à son axe vertical – qui n’enfreint pas la progression puisqu’il permet une liberté d'action à la sous-talienne.lors de la marche. L'axe de Henke est la résultante entre l’axe presque vertical de la sous-talienne (13) et l’axe pratiquement  horizontal  de la cruro-talienne.

 13. Axe de l’articulation sous-talienne qui se situe dans le prolongement du « ligament axial »

L’articulation sous-talienne permet une équilibration instantanée en position  monopodique.. En cas de pathologie, cet équilibre est perturbé et cette fonction est tellement importante qu’en cas de synostose talo-calcanéenne congénitale, la cruro-talienne subit une déformation en dôme arrondi (13).

14. La surface supérieure du talus s’arrondit pour compenser l’absence de la sous-taleinne

Elle permet à la coxa pedis cad à la tête talienne de répartir les charges du pied calcanéen sur  le pied talien : cette coxa pedis roule dans une vaste cupule : la nacelle de Chopart.

Lors de la marche,

le premier appui a lieu en position neutre : le talon arrondi roule (15).

Ensuite, sous l’effet de la charge, le pied entier appuie  et la tête talienne s’écarte du calcaneus en provoquant un valgus de l’arrière-pied pour permettre de présenter une surface plantaire maximale au sol,  et aux amortisseurs d’agir (16).

Il existe en effet un puissant effet amortisseur lors de ces deux phases.

 15. position neutre du calcaneus                      16. valgus de l’arrière-pied lors de l’appui monopodal

Aussitôt pour permette au pied de quitter le sol en profitant d’un appui solide, il s’opère un verrouillage de l’arrière-pied en varus (17) grâce à une traction sur le fascia plantaire et donc le système suro-plantaire par flexion dorsale des orteils (en même temps que le pied est creusé), traction du long fléchisseur de l’hallux qui soulève le sustentaculum tali et neutralisation de la barre de Hendrickx. : c’est le calcaneus qui s’aligne alors sous le talus.

17. sortie du pas en varus lors du deuxième double appui

Résumé :

Un mouvement très simple au niveau de la talo-calcanéenne, comparable à celui d’un essuie-glace sur un pare-brise bombé, autour ou plutôt à partir d’un ligament qui est le point de départ des ligaments interosseux, permet d’expliquer le mode d’action de la sous-talienne. Bien sûr, l’articulation sous-talienne n’agit pas seule car elle est couplée à l’articulation cruro-talienne et aux deux articultations de l’interligne de Chopart, surtout la médiale qui sert de nacelle à la bille talienne. La sous-talienne permet, sous elle, une indépendance de tout le bloc calcanéo-pédieux ou pied calcanéen ou si, de façon plus logique, on part du sol – ce qu’il faut toujours faire – le pied calcanéen bouge de façon indépendante par rapport au talus qui tantôt s’en écarte, tantôt s’en rapproche.

           

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