- CHAPITRE IV -

L'EQUILIBRATION PAR LE PIED

 


Wersja polska

 

Dans sa fonction d'équilibrateur, le pied agit sur le corps entier. D'autres éléments importants interviennent : les yeux, l'oreille interne, la mémoire proprioceptive, les bras qui servent de balanciers, les messages sensitifs et proprioceptifs en général et jusqu'à la longueur des membres inférieurs (une règle d'instituteur n'est maintenue en équilibre sur l'index que lorsqu'elle a une certaine longueur optimale) ; et pour en revenir aux pieds, la surface de la plante du pied (le clown peut se pencher davantage vers l'avant sans tomber en utilisant des chaussures très longues).
Et encore tous les amortisseurs cités plus haut.
Et de façon tout à fait particulière les messages sensitifs et proprioceptifs à point de départ plantaire. La posturologie étudie l'équilibre du corps : elle utilise le fil à plomb et la stabilométrie électronique qui permet d'enregistrer les oscillations du centre de gravité sur un plateau approprié.

 

Au cours de la station debout, le double appui ne pose pas de problème d'équilibre dans le plan frontal (52).



52. Dans le plan frontal, on passe d'une position symétrique à une position hanchée qui est la position idéale de repos.

 

Dans le plan sagittal, le centre de gravité tombe en avant de l'axe de l'articulation de la cheville et il doit être contrebalancé par une activité du soléaire, qui est le seul muscle à traduire une activité électrique (53).

53. Dans le plan sagittal, l'équilibre est plus instable car le centre de gravité passe en avant de l'axe cruro-talien et l'activité du muscle soléaire est indispensable pour ne pas tomber en avant. Néanmoins, le centre de gravité oscille continuellement dans les deux plans.

 

Au cours de la marche, le déséquilibre dans le plan sagittal provoqué par la chute du corps en avant est compensé par la réception sur le pied hétérolatéral.

Dans le plan frontal, les muscles équilibrateurs du pied interviennent tant de manière excentrique (lors d'une marche régulière sur terrain plat) que de manière concentrique (lorsque survient un obstacle ou une dénivellation de terrain, ou encore lors des activités sportives).

Ce sont essentiellement les muscles latéraux qui assurent l'équilibration. Sur terrain plat, lors d'une course, leur rôle est diminué avec l'augmentation de la vitesse.

 


LES ARTICULATIONS DE L'EQUILIBRATION.

 

Deux groupes articulaires assurent la fonction d'équilibration dans le plan frontal : l'articulation sous-talienne et l'articulation tarso-métatarsienne latérale de Lisfranc, qui mobilise la palette externe. Ces articulations ont des axes qui ne peuvent entraver la marche et qui, par conséquent, sont plutôt parallèles à l'axe de HENKE dans le plan sagittal.

L'articulation sous-talienne est en fait formée de deux articulations distinctes:
l'articulation postérieure qui est formée par la surface convexe vers le haut du calcaneus et par la surface concave vers le bas du talus (ces deux surfaces s'emboîtent parfaitement)
et l'articulation antérieure du sustentaculum tali dont la facette calcanéenne est concave vers le haut pour recevoir le la tête talienne arrondie.

Considérons les deux facettes articulaires du calcaneus : la facette postérieure est découpée dans une surface convexe d'un cône régulier et la facette antérieure est découpée dans la surface concave d'un cône identique qui le prolonge. Les facettes taliennes ont une coupe inverse des précédentes. (56)


56. La surface antérieure est découpée dans un cône identique qui prolonge celui du dessin, mais du côté concave.

 

La tête talienne suivra obligatoirement le mouvement de l'articulation postérieure.
Entre ces deux articulations interdépendantes, il y a un sillon où sont logés les ligaments interosseux talo-calcanéen : ses deux faisceaux partent du dedans vers le dehors en s'écartant l'un de l'autre, à partir d'une formation verticale qui est
le ligament axial (57 - 58).

57. Le ligament axial est le point de départ des ligaments interosseux.

 

58. Les ligaments interosseux se tendent aussi bien en varus et qu'en valgus mais dans des directions différentes.

 

Ce n'est pas une simple coïncidence si le l'axe de Henke passe par ce ligament axial (59).

59. L'axe de Henke passe par le sommet de l'articulation talo-calcanéenne postérieure et donc par le ligament axial, point de départ des ligaments interosseux : de cette façon, la progression suivant l'axe de Henke n'entrave en rien le jeu de l'articulation qui intervient dans l'équilibration.

 

C'est ce ligament axial qui représente l'axe de mobilité de la sous-talienne. Il est situé au sommet de la facette postérieure qui a une forme triangulaire et est bombée à la manière d'un pare-brise de voiture. A partir de ce point, le talus est mobilisé à la manière d'un essuie-glace.

La tête ne fait que suivre et lorsqu'elle s'écarte du calcaneus (augmentation de la divergence talo-calcanéenne), le talon se met en valgus. Lorsqu'elle se rapproche du calcaneus pour se superposer à lui, le talon se met en varus. Cette oscillation est donc réalisée autour du ligament axial et est limitée par les deux faisceaux du ligament interosseux talo-calcanéen qui se tendent horizontalement lors du valgus et verticalement lors du varus. (60)

60. Le talus oscille autour du ligament axial à la manière de l'essuie-glace sur un pare-brise bombé. La divergence entre les deux os diminue lors du varus et augmente lors du valgus.

Il est fort intéressant de remarquer également que la résultante de l'axe vertical de la sous-talienne (ligament axial) et de l'axe de l'articulation de la cheville correspond à l'axe de Henke, qui est l'axe global de l'arrière-pied (environ 45° d'obliquité) autour duquel s'effectuent les mouvements d'inversion et d'éversion.

Au cours de la marche, lors du premier double appui, le pied, ouvert en dehors par rapport à la ligne de marche, aborde le sol en position neutre.
Aussitôt, il se met progressivement en valgus qui devient maximal lors de l'appui plein alors que le membre opposé a quitté le sol. Ce valgus s'accompagne d'une rotation interne du membre inférieur.
En quittant le sol par l'avant-pied, le pied passe en varus et donc en rotation externe du membre inférieur. (61- 62)

61. Position neutre lors de l'abord du sol ; valgus au moment de l'appui plein et varus lors de la sortie du pas.

62. Ce montage réalisé par Inman permet de visualiser la rotation interne du membre inférieur lors du valgus
et la rotation externe lors du varus. La charnière a une inclinaison semblable à celle de l'axe de Henke.

Les oscillations de la sous-talienne consistent donc en une ouverture de l'angle talo-calcanéen, qui permet un étalement maximal du pied en valgus lors de l'appui monopodal, suivie d'une fermeture lors du deuxième appui bipodal (troisième pivot). Pour ensuite revenir en position neutre pendant la phase oscillante.

Tous les axes des articulations de l'arrière-pied se croisent au niveau de la tête arrondie de l'astragale : c'est un grosse bille qui roule dans la vaste cupule formée par la surface antérieure de la sous-talienne et la face postérieure du scaphoïde reliées entre elle par un épais fibro-cartilage plantaire (ligament glénoïdien) et, du côté interne, par le faisceau deltoïde du ligament médial ; du côté latéral, c'est le faisceau interne du ligament en Y qui délimite la tête talienne.

Ce n'est pas un hasard non plus si la tête talienne est située au centre de la courbe qui représente la ligne des centres de pression. (63)



63. La résultante des réactions au sol a un tracé comparable à une courbe dont le rayon aboutit au ligament axial.

La tête talienne a donc une forme et une situation privilégiées pour répartir, à tout moment, les charges dans toutes les directions, sous l'effet des oscillations de la sous-talienne postérieure.
Son rôle dans l'équilibre est à ce point important que, lorsqu'il existe une synostose entre le talus et le calcaneus, il arrive que la cruro-talienne se déforme et que la surface supérieure du talus prenne la forme d'un dôme arrondi comme pour pallier la mise hors service de la bille talienne. (65)

65. La suppression du jeu de la sous-talienne par synostose congénitale aboutit à la déformation arrondie de la curo-talienne pour restituer une bille dont le rôle est essentiel dans l'équilibration.

L'articulation tarso-métatarsienne latérale de Lisfranc fait partie du pied calcanéen.
L'axe de la palette externe est parallèle à la ligne de marche (66).

66. La mobilité de la palette externe n'est nullement entravée par la marche puisque son axe est parallèle au déplacement.

L'articulation calcanéo-cuboïdienne est une articulation en selle : elle a des mouvements de rotation, de façon à permettre à la palette externe de s'adapter dans sa fonction d'équilibration (67).

67. La palette externe, qui se termine par les métatarsiens IV et V, bénéficie, au niveau de l'articulation calcané-cuboïdienne en selle, d'un mouvement de rotation, en plus d'une mobilité suivant les deux axes principaux ; cela est indispensable à son rôle dans l'équilibration.

 

 

LES MUSCLES DE L'EQUILIBRATION


Au niveau de l'arrière-pied, les muscles de l'équilibration sont ceux qui sont situés de chaque côté de l'axe de Henke. Ce sont : le tibial postérieur en dedans et le court péronier en dehors.


68. Ces deux muscles passent en arrière des malléoles et agissent sur l'axe de Henke.



Le muscle tibial postérieur contrôle le valgus de l'arrière-pied en le freinant. Par action concentrique, il est capable de variser l'arrière-pied ; ce qui s'accompagne d'une rotation externe du membre inférieur.

Le muscle court péronier a une action inverse.

Le muscle long péronier contribue à freiner le valgus de l'arrière-pied. A partir de son point d'insertion sur le premier métatarsien, par action concentrique, il varise l'arrière-pied en agissant sur la poulie cuboïdienne et ferme la pince tibio-fibulaire car il passe en arrière de la mallélole externe.


69. La résultante du long péronier contribuer à inverser le pied par action concentrique et s'oppose au valgus par action excentrique lorsque le talon à quitté le sol.

 

La fibula tourne autour d'un axe vertical qui part du bord antérieur de sa tête et arrive au bord antérieur de la malléole latérale. En tournant en dedans, elle referme la pince tibio-fibulaire ; en tournant en dehors, elle l'ouvre. Les muscles fibulaires ont donc tendance à fermer cette pince par action concentrique et à freiner son ouverture par action excentrique. Les muscles passant derrière la malléole médiale ont une action analogue.

70. Les muscles rétromalléolaires referment la pince de Le Coeur et adaptent la mortaise crurale à la partie postérieure rétrécie du talus. Ces muscles, qui sont plantaires s'insèrent surtout sur le péroné alors que les muscles dorsaux s'insèrent surtout sur le tibia.

Par action concentrique, le long péronier est principalement varisant tandis que le court péronier est valgisant. Ils ont donc une action tout à fait opposée.

L'axe de la palette externe, représentée par les quatrième et cinquième métatarsiens, est parallèle à la ligne de marche, et lui confère essentiellement un rôle d'équilibration.
Les courts muscles plantaires latéraux (dont l'opposant du 5ème rayon qui s'enroule autour des sa diaphyse) s'opposent à l'ouverture de la ferme latérale, c'est à dire de la ferme calcanéenne, en appliquant les deux dernières têtes au sol. L'articulation calcanéo-cuboïdienne en selle s'accommode facilement de la rotation induite par l'opposant du 5ème métatarsien.
Lorsque la sortie du pas s'effectue autrement que par le gros orteil, la palette interne joue à son tour le rôle d'équilibration - de sorte qu'il faut toujours voir les choses de façon dynamique et relative.

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INTRODUCTION

chapitre I : LA FERME DU PIED
chapitre II : LES AMORTISSEURS DU PIED
chapitre III : LA PROGRESSION DU PIED
chapitre IV : L'EQUILIBRATION DU PIED
CONCLUSION

RESUME POUR LES LECTEURS DE 7 A 77 ANS

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